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La biographie d’Erich «von» Stroheim constitua longtemps un mystère, entretenu par lui-même. Il prétendait s’appeler Erich Oswald Hans Carl Marie Stroheim von Nordenwall, fils d’un colonel au 6ème régiment de Dragons et d’une dame de compagnie d’Elisabeth d’Autriche. En réalité, son père était un modeste fabricant de chapeaux de paille et de feutre, et sa mère une simple bourgeoise israélite. Aucun d’eux n’était d’ascendance noble. Seule, la date de naissance est exacte. C’est lors de son exil aux Etats-Unis, vers 1908, que Stroheim décida de se forger une «légende», maintenue vivace jusqu’à sa mort, survenue en sa propriété de Maurepas, en France, le 12 mai 1957.
En 1914, Stroheim s’introduit à Hollywood, alors en pleine expansion, d’abord comme cascadeur, puis figurant. Sa silhouette de «Boche» cruel, au crâne rasé, au port altier et au sourire méprisant, sera vite fameuse. On le baptisera «l’homme que vous aimeriez haïr». Mais en même temps, il découvre les prestiges de la mise en scène, auprès d’un maître : David Wark Griffith. Il travaillera également avec John Emerson, Allan Dwan et George Fitzmaurice.
Son premier film en tant que réalisateur sera, en 1919, Blind Husbands . Jusqu’en 1928, il tournera des films de plus en plus coûteux, où s’exprimera librement son goût de la démesure psychologique, de la violence érotique et du baroque décoratif.
Son chef d’oeuvre sera, en 1923, Les Rapaces , qu’André Bazin a qualifié de «seul film d’imagination où le cinéma ait osé le réalisme intégral». Mais cette prodigalité et ces audaces lui vaudront bientôt d’être mis sur la «liste noire» par les producteurs, notamment le tout-puissant Irving Thalberg.
Après avoir été le prince prodigue du cinéma américain muet, Stroheim va devenir, au parlant, une sorte de spectre qui devra se résoudre à hanter les films des autres. Cette seconde carrière d’acteur ne sera d’ailleurs pas négligeable. Surtout en France où on le verra beaucoup entre 1936 et 1939 puis au lendemain de la guerre. Un rôle au moins sera digne de son passé : celui du capitaine von Rauffenstein dans La grande illusion de Jean Renoir.
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